Association L'Ange Bleu
A.N.P.I.C.P. (Association Nationale de Prévention et d'Information Concernant la Pédophilie)

33, avenue Philippe Auguste
75011 PARIS
Tťl : 06 84 97 72 39


Rechercher sur le site : Tous les mots
Share |

Retour



Comment prévenir la pédophilie

9 janvier 2014

Illustration : L'association "L'Ange bleu" aide les pédophiles
à ne pas passer à l'acte. (Olivier Marboeuf)

Comme Romain, qui nous a accordé son témoignage, les pédophiles "abstinents" sont attirés par les enfants mais luttent contre leurs pulsions. Une association les aide à ne pas franchir la ligne rouge.

Ils fantasment en secret sur les enfants, mais ne les agressent pas. Parfois même ils vivent en couple, ont des rapports sexuels avec des adultes. Ce sont les pédophiles dits "abstinents". "La formule a le mérite d'être expressive, observe le professeur Roland Coutanceau, psychiatre (1). Dans le champ social, 'pédophile' signifie 'passage à l'acte'. Or certains ne le sont que fantasmatiquement, et ce fantasme est bien plus répandu qu'on ne l'imagine." Comment font-ils pour ne pas franchir la ligne rouge de l'attouchement ou du viol ? "Leur structure mentale, leurs interdits moraux et leur éducation les en empêchent." Psychologue clinicienne à Paris, Inès Gauthier en reçoit dans son cabinet. "Plus les pulsions sont verbalisées, moins le risque de passage à l'acte est grand", assure-t-elle.

Alors que les pédophiles condamnés ont droit à un suivi spécifique, les pédophiles abstinents ne bénéficient d'aucune structure préventive, contrairement à ce qui se passe en Allemagne depuis huit ans. Outre-Rhin, le programme baptisé Dunkelfeld (2) propose une aide psychiatrique anonyme et gratuite. En France, l'an dernier, le député UMP Etienne Blanc, auteur d'un rapport sur le suivi des auteurs d'infractions à caractère sexuel, s'est prononcé pour la mise en place d'un numéro vert d'écoute. L'idée n'a pas fait son chemin. "L'essentiel des crédits va dans la répression ", déplore-t-il.
?Seule une association, L'Ange bleu, mène une action à contre-courant. Sa présidente, Latifa Bennari, violée de 5 à 14 ans, est, depuis quinze ans, à l'écoute des pédophiles. Ces derniers font face à des victimes dans des groupes de parole qu'elle organise, sans grands moyens financiers. "La pédophilie est une inclination non choisie, qui fait souffrir les personnes concernées. Il fallait créer un lieu de confiance", dit-elle.

Romain (les prénoms ont été modifiés), 35 ans, père de famille, a été condamné à de la prison avec sursis pour téléchargement de vidéos pédopornographiques. "Ce n'est pas un prédateur sexuel, affirme sa psychologue. Il s'est réfugié dans la pédophilie pour faire face au stress. Les images lui servent de stimulus pour se décontracter, mais il a conscience que c'est tout à fait inadapté. C'est une forme d'addiction." Romain raconte ici comment il est tombé dans cet engrenage. Témoignage.

"J'ai découvert la sexualité à 10 ans, avec un camarade de mon village. Lui en avait 15. On revenait de la piscine. Dans la 2CV de ma mère, il m'a dit tout bas : 'En rentrant je vais me masturber.' Plus tard, il m'a montré comment on faisait. Ca m'a mis en émoi. A la même époque, je suis tombé sur des cassettes vidéo et des revues porno que gardait mon père dans un placard. Au cours de l'été, on s'est masturbés avec mon camarade. Au collège avec les copains, on faisait beaucoup de blagues, de jeux à connotation sexuelle. Ca me stimulait.

J'avais beau avancer en √Ęge, les gar√ßons qui m'attiraient avaient toujours entre 8 et 14 ans. Au lyc√©e, je n'ai eu qu'un flirt d'√† peine un mois avec une fille. Etudiant, je ne cherchais pas √† sortir avec des filles, ni avec des hommes, d'ailleurs. Seuls les petits gar√ßons me faisaient fantasmer. Je m'√©tais constitu√© un tr√©sor de guerre, une mallette dans laquelle j'avais accumul√© les r√©cits de mes fantasmes et des photos d'enfants nus, tir√©s de la revue naturiste "Jeune et naturel", en vente libre √† l'√©poque, car les poses n'√©taient pas sexuelles.

J'ai rencontré Sonia (les prénoms ont été modifiés), ma future femme, à la fac. C'est elle qui a voulu sortir avec moi. Sur le coup, j'ai refusé, j'avais peur. J'ai cédé au bout de six mois. A 22 ans, pour la première fois de ma vie, j'avais des relations sexuelles. Je ne pensais plus aux enfants nus. Un soir, j'ai retrouvé Sonia en pleurs. Elle était tombée sur la mallette. Elle ne voulait plus entendre parler de moi. Moi, j'avais trouvé un équilibre avec elle et je ne voulais pas que notre relation s'arrête. Elle a accepté de continuer à condition que j'aille voir un psy. J'ai pris le premier venu dans les pages jaunes. Même s'il m'a permis de faire ressortir l'histoire du garçon qui m'avait initié à la sexualité, je n'ai jamais progressé. Lorsque j'ai mis un terme à la thérapie, il m'a prévenu : "Si vous arrêtez, vous savez que ça peut revenir."

Je me suis marié avec Sonia en 2003. Notre fille est née dans la foulée. Lors de son tout premier bain, je me disais : "Comment vais-je réagir ?" Tout s'est bien passé. Mais j'avais besoin de voir des images d'enfants nus. Internet a remplacé la mallette. Avec la plateforme de téléchargement eMule, je trouvais tous les films pédopornographiques que je voulais, je savais quels mots-clés taper. Lorsque j'ai appris que j'allais être père d'un garçon, ça a recommencé à me travailler sec. A sa naissance, j'ai plongé dans une période d'addiction. Je me suis mis à télécharger comme un malade. J'attendais que ma femme et les enfants soient couchés. Seul en bas, dans mon bureau, je regardais des vidéos. Une fois que j'avais éjaculé, je me sentais coupable, honteux. Je me disais :"T'es qu'un salaud." J'effaçais tout. Jusqu'à ce que l'envie me reprenne.

Le 21 mai 2012, à 6h45 du matin, on a sonné à la porte. "Bonjour, c'est la police." Un policier a pris ma femme à part : "On est là pour des faits de téléchargement de fichiers pédopornographiques." Là, la vie s'écroule. La garde à vue a duré trente -six heures, j'ai reconnu les faits. On m'a interdit d'entrer en contact avec des mineurs dans le cadre de mon travail, mais j'avais le droit de voir mes enfants.

J'ai repris le chemin du bureau, difficilement. J'ai pr√©venu mes associ√©s. Ils m'ont demand√© de quitter la bo√ģte. J'ai pris une grosse claque. Le proc√®s a eu lieu deux mois plus tard. Le juge m'a reconnu coupable d'importation, de d√©tention et de diffusion d'images p√©dopornographiques car, avec le logiciel eMule, on partage le contenu de son disque dur avec d'autres internautes. J'ai √©cop√© de dix- huit mois de prison avec sursis, avec obligation de soins. J'ai d√©missionn√©, r√©cup√©r√© mes parts et je suis parti. Quand je me suis retrouv√© sans rien faire √† la maison, avec ma femme, √ßa a √©t√© tr√®s dur.

Un chef d'entreprise a fini par me recruter. "Seul Dieu est capable de te juger", m'a-t-il dit. A la maison, √ßa allait de mieux en mieux. Il y a quand m√™me eu un clash le jour o√Ļ Sonia a d√©couvert que je regardais des films porno, adultes et h√©t√©rosexuels cette fois. Apr√®s un an sans rapports, on a recommenc√© √† se faire des c√Ęlins. Reprendre une vie intime n'a pas √©t√© simple. Cet √©t√©, Sonia m'a m√™me l√Ęch√© : "Je ne suis plus s√Ľre d'√™tre amoureuse."

On peut vivre avec la pédophilie sans passer à l'acte. Je m'y suis laissé prendre en écrivant mes fantasmes. Ensuite, il y a eu les photos d'enfants nus, puis je suis tombé dans l'engrenage de la pédopornographie. L'étape d'après, ç'aurait pu être le passage à l'acte. Heureusement, une barrière m'en a toujours empêché. Mon exutoire pour ne pas toucher d'enfants, c'était de leur voler des objets, un slip de bain à la plage par exemple. Jamais il ne m'est venu à l'esprit de toucher mon fils. Je l'habille tous les matins, je lui donne le bain, il est nu mais ça ne m'attire pas du tout.

Selon ma nouvelle psy, je n'ai pas le profil d'un homosexuel. J'ai eu un blocage dans mon d√©veloppement sexuel et je suis rest√© fix√© sur les petits gar√ßons. Je suis en phase de sevrage. D√®s que √ßa va mal, c'est la premi√®re chose qui me vient en t√™te. Gr√Ęce √† l'association L'Ange bleu, j'ai rencontr√© d'autres p√©dophiles abstinents. J'ai eu l'impression d'√™tre moins seul, car j'ai besoin de verbaliser, surtout pas d'enfouir ce qui s'est pass√©. Je me suis rachet√© un ordi. Je ne t√©l√©charge plus aucune image d'enfant. Mon PC reste clean."

(1) Auteur de "Blessures de l’intimité" (Editions Odile Jacob, 2010).
(2) Voir "le Monde" du 1er juillet 2013.

© 2014, Le Nouvel Observateur, B√©r√©nice Rocfort-Giovanni - 9 janvier 2014



 


© 2005 : Association L'Ange Bleu - Conception : KANYOO - Dťveloppement : Willm N.
Hťbergement : 1&1 - Webmaster : webmaster(at)ange-bleu.be
L'Ange Bleu est une association rťgie par la loi du 1er Juillet 1901 Prťfecture de Police de Paris : Nį135 801 Ė P.J.O. nį1787 du 4 Juillet 1998


"Prťservons leur avenir : protťgeons l'environnement"