Association L'Ange Bleu
A.N.P.I.C.P. (Association Nationale de Prévention et d'Information Concernant la Pédophilie)

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“L’amélioration de la condition féminine est un des immense progrès dont le Maroc a su faire preuve”

L'Opinion, 6 mai 2006

Entretien avec Latifa Bennari, présidente de l’association “L’Ange Bleu” sur :)
La pédophilie
“L’amélioration de la condition féminine est un des immense progrès dont le Maroc a su faire preuve”


“La pédophilie a toujours existé, mais on en parle plus et mal de nos jours"

Latifa Bennari est présidente de L’Ange Bleu (Association nationale d’information et de prévention contre la pédophilie ) une ONG basée à Paris. Elle doit rencontrer le public dans une tournée au Maroc notamment à Casablanca (Librairie Porte d’Anfa le 11 mai) pour présenter son livre « L’Ange bleu : pédophilie prévenir pour protéger » un ouvrage qui intervient après un premier livre « La Fin d’un silence ».


Algérienne, mariée à un Algérien, Latifa Bennari a été elle-même victime d’agressions pédophile dans son enfance. De victime elle est devenue militante pour venir en aide aux victimes.

Sa démarche est toutefois différente car elle rend possible un dialogue avec les pédophiles. En ce sens sa démarche est un peu différente des ONG marocaines dont l’expérience est plutôt récente, du moins pour celles qui sont spécialisées dans ce domaine comme Touche pas à mon enfant créée il y a près de trois ans et Touche pas à mes enfants créée il y a quelques mois et qui est le produit d’une scission de la première. Leurs objectifs consistent à défendre les victimes, dénoncer le crime de pédocriminalité, briser le mur du silence, sensibiliser, appeler à plus de sévérité dans l’application de la loi comme mesure de dissuasion. Il est prévu donc un partenariat entre l’Ange bleu et des ONG marocaines. Cela intervient à la veille du congrès national des droits de l’enfant organisé par l’Observatoire marocain de l’enfant les 25 et 26 mai courant.

Q : Aujourd’hui la pédophilie, dans le monde, est-ce un fléau en progression où simplement s’agit-il d’une réalité qui existait dans le passé, dans les mêmes proportions, et que maintenant on ne fait que découvrir

R : Permettez-moi d’abord de rectifier cet amalgame stigmatisant, très utilisé par les médias par toutes les sociétés notamment occidentales, à savoir l’emploi du mot " pédophilie ". Les mots sont importants. Ce sont non seulement les outils de la communication mais aussi les outils de la pensée. Afin de lever d’emblée ce principal malentendu, je voudrais d'ores et déjà insister sur le vrai sens des termes " pédophilie " et " pédophile ».

La pédophilie désigne l’attirance sexuelle et bien souvent affective pour les enfants (avant la puberté, soit en moyenne avant l’âge de 13 ans) lorsque que cette attirance est récurrente, relativement stable et fixée. Au-delà des 15 ans, il ne s’agit plus de pédophilie.

- Un pédophile est donc quelqu’un attiré sexuellement et affectivement par les enfants. Mais il n’est pas nécessairement passé à l’acte. " Pédophile " n’est donc pas synonyme de " violeur d’enfants ", comme on le pense souvent.

J’insiste. Ce ne sont pas ses actes qui définissent le pédophile mais une attirance qu’il éprouve. En toute logique, à côté de pédophiles qui passent à l’acte, existent un grand nombre de pédophiles qui ne sont pas passés à l’acte. Certains par peur ou par manque d’occasions, mais d’autres aussi par choix. Il en existe autant qu’il y a d’individus sur terre, j’ai essayé de les regrouper en trois types dans mon ouvrage, mais le classement n’est pas exhaustif. Toutefois, il faut noter que les auteurs de maltraitance sexuelle sur enfants ne sont pas exclusivement pédophiles compte tenu des nombreux témoignages que j’ai pu recueillir. Des estimations spécialisées relèveraient même une proportion de 80 % d’actes commis par des non-pédophiles (cercle familial essentiellement).

La pédophilie a toujours existé, mais on en parle plus et mal de nos jours. Les médias exploitent ce sujet pour faire la une des journaux. Les lois ont également évolué et la répression est plus forte. Ce qui contribue à entretenir l’amalgame que font les gens entre "pédophile" et "agresseur". On ne découvre pas un fléau, on constate un phénomène longtemps caché ou occulté.

Q : Quel a été votre itinéraire propre avec la pédophilie entre l’enfance et l’âge adulte ?

R : Dès mon adolescence, je me suis &inquiétée pour les enfants et cherché un moyen de les protéger de ce que j’ai subi sans que personne ne s’en aperçoive dans mon entourage. Le terrain s’est avéré très enrichissant et m’a permis d’acquérir des connaissances sans théories. Je poursuivais un double objectif : venir en aide aux victimes, d’une part ; trouver les moyens à mettre en oeuvre pour mieux prévenir le passage à l’acte d’autre part. J’ai longtemps mené cette action seule, dans l’ombre, à l’insu de mon entourage que je ne souhaitais pas inquiéter ni impliquer dans ce combat compte tenu de notre culture.

Sur le nouveau terrain d’action qu’était pour moi la France, j’ai pu enrichir mon expérience et développer mon approche (en raison des cultures occidentales connaissant moins de tabous sur la sexualité depuis la fin des années 60).

Q : Quelles forces vous a-t-il fallu ou quelles circonstances vous ont-ils été propices pour rompre le silence ?

R : Ma mère a été le moteur énergétique pour délivrer mon lourd fardeau sans rejet ni déni. Elle m’a écouté, soutenue et aidé à me reconstruire. C’est à elle que revient le mérite de ce que je suis aujourd’hui et de ce que j’apporte aux autres. Mon mari a sa part de mérite dans cette contribution. Il m’a aidé à sortir de l’ombre et m’a encouragé à lever le voile publiquement sur un tabou inavouable dont il a été témoin dans son enfance quand bien même les faits étaient sans aucune commune mesure avec mon vécu. A l’abri du besoin grâce à lui, j’ai pu consacrer tout mon temps libre au service des enfants. Malheureusement, les moyens personnels ne me permettent pas de répondre aux besoins formulés en constante croissance. Je saisis donc l’occasion à travers votre article pour le remercier vivement et remercier toute ma famille pour leur contribution à combattre l’obscurantisme qui entoure le sujet.

Q : Imaginez-vous qu’un cas de rupture de silence comme le votre est aisément possible dans une société musulmane conservatrice ou une grande partie de victimes et parents de victimes préfèrent se taire par peur du " scandale " ?

R : J’ai moi même été confrontée au silence forcé d’abord par la menace de mon agresseur, mais aussi par peur du scandale. Mais au risque de vous surprendre, j’ai trouvé que la société musulmane est plus objective et plus courageuse que la France dans le domaine de la maltraitance sexuelle. En retard certes, toujours est-il qu’elle a fait un pas de géant dans la vulgarisation et la qualité de ses médias. La commercialisation de mon livre est un signe d’évolution qui n’a rien à envier aux occidentaux. Mais cette peur du scandale demeure encore un obstacle pour un grand nombre de victimes d’abus sexuels, et la cause de nombreux psychodrames familiaux.

Cela dit, l’amélioration de la condition féminine est un des immenses progrès dont le Maroc a su faire preuve. J’espère que le sujet de la maltraitance sexuelle des enfants va dans un avenir proche s’inscrire dans la lignée de celui-ci, qui représente à mon sens une référence et un exemple pour les pays arabes et musulmans encore enfermés à ce jour dans une forte tradition de non-dit. Algérienne et épouse d’un algérien, j’ose espérer que l’exemple du Maroc en faveur de la femme suscite une évolution et un changement des esprits et des lois.

Q : Comment avez-vous pensé à créer une association de prévention et d’information contre la pédophilie ?

R : Après trente ans d’expérience personnelles et constatant l’absence totale de structures à l’écoute des pédophiles, je n’ai pas hésité à m’investir dans une démarche paraissant au premier abord impensable. Banni d’une société terrifiée par la multiplication des affaires qui remplissent les tribunaux, le pédophile a été privé du droit d’exister. Il est devenu une monstruosité mise au banc des accusés. J’ai choisi de crever le mur du silence et d’affronter publiquement ceux qui, dans mon enfance ont nourri ma souffrance. Plutôt que de les ignorer ou de les condamner sans les écouter, j’ai choisi de les aider en élargissant le champ d’action par la création de l’association l’Ange Bleu. En créant cette structure pionnière, j’étais consciente que ma démarche allait heurter les esprits. Mais aujourd’hui, grâce aux médias et à la publication de mon livre, elle entre peu à peu dans les esprits, et ouvre un vaste champ de réflexions pour une prévention efficace. En les rejetant, on les cloisonne dans l’image du "pédophile pervers" et dans le rejet du monde adulte qu’ils finissent alors par répugner. Ainsi, sans aide, ils développent des fantasmes envers les enfants, jusqu’à risquer des dérapages parfois irréparables. Les campagnes à destination du grand public dont on nous rabat les oreilles sont aussi virtuelles qu’inadaptées. Elles auraient le mérite de s’appuyer sur une information de qualité. Malheureusement, beaucoup de médias ont le plus souvent privilégié le sordide et le sensationnalisme, en négligeant la complexité d’une réalité encore méconnue. Affaiblis par cette méconnaissance, les pouvoirs publics semblent céder à la pression et à l’emballement, sans proposer de solutions concrètes. Fort heureusement, de plus en plus de journalistes soucieux de réaliser des reportages et articles objectifs sur les pédophiles ou la prévention criminelle, réussissent à défendre leurs projets auprès de leurs rédactions en s’inspirant de mon ouvrage et de mes conférences. Malheureusement l’Ange bleu demeure encore la seule association à prêter cette vitale attention aux pédophiles.

Q : On peut vous reprocher d’opter pour une démarche plutôt conciliante puisqu’elle se tourne également vers les pédophiles abstinents, les pédophiles passifs ainsi que les délinquants sexuels qui sollicitent de l’aide ?

R : En effet, j’ai été la cible de calomnies. Plus particulièrement de la part de certaines associations opposées à mon approche car l’estimant à contre courant de leur action. Et pourtant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le plus grand soutien dont je bénéficie émane des anciennes victimes d’abus sexuels. Caresser l’opinion dans le sens du poil dans de triviales perspectives électorales ou médiatiques a toujours été une source de motivation pour certaines personnes et/ou associations. Par ce livre, j’ai voulu aussi répondre aux questions légitimes, bienveillantes ou hostiles qui ont fait l’objet de rumeurs sur la particularité de mon action.

Q : Quel message vous voulez véhiculer à travers votre livre " L’Ange Bleu : pédophilie prévenir pour protéger " après votre premier livre " La fin d’un silence " ?

R : A travers les courriers de lecteurs m’étant parvenus ( victimes, pédophiles, délinquants sexuels incarcérés, professionnels dans le domaine des enfants, familles ) j’ai pu relever l’utilité et la pertinence du message que j’ai souhaité véhiculer en terme d’aide et de soutien aux personnes en souffrance. Pertinence également dans les réponses aux questions traitant de la pédophilie, restant souvent occultées. En effet, une réelle prévention doit aller bien au-delà des considérations actuelles. La politique française qui consiste à durcir des lois déjà existantes mais non appliquées, néglige aujourd’hui gravement cet aspect, qui pourtant devrait être prioritaire. Par ce livre, j’espère libérer la parole, donner la force aux victimes de se reconstruire et oeuvrer dans la prévention de la récidive ou premier passage à l’acte pédosexuel grâce à une écoute adaptée au cas par cas. Un programme auquel je participe auprès des travailleurs sociaux chargés de la réinsertion des détenus en milieu carcéral. En ce sens, parmi les projets auxquels je souhaiterais activement participer, je cite celui de Sa Majesté Mohamed VI, mis en place à la fin de l’année 2005 pour la réinsertion des jeunes délinquants marocains, afin de garantir une meilleure sécurité de la société. Je me permets de préciser qu’outre l’aide qu’il apporte, mon livre est la seule source de financement permettant actuellement à l’Ange Bleu de continuer son combat.

Q : Est-ce à dire que vous avez beaucoup de lecteurs ?

R : En effet ce sont les messages des marocains anciennes victimes en majorité hommes qui ont suscité ma motivation de diffuser mon livre et en l’occurrence apporter de l’aide à toutes les personnes qui souffrent par rapport à la maltraitance sexuelle. Mon message est aussi pour les pédophiles abstinents qui peuvent passer à l’acte par manque de contrôle, dépression, ou autre facteur déclencheur. Mon objectif à travers ce livre est d’apporter des solutions aux victimes d’une part et d’autre part de prévenir le passage à l’acte ou la récidive et non de guérir ce qui n’est pas une maladie. Comprendre la pédophilie, c’est mieux agir pour lutter contre les abus et l’exploitation des enfants à travers le tourisme sexuel. Par ailleurs, je suis sollicitée de plus en plus par des étudiants en psychologie ou en droit dans les Universités ou Ecoles Marocaines pour des informations au sujet de la pédophilie et sa genèse. Ce livre va leur permettre d’avoir des réponses et les éclairer sur le vrai sens du mot.

Q : Avez-vous des projets de partenariat avec des ONG marocaines qui militent dans le même domaine ?

R : Je tiens tout d’abord à féliciter toutes les associations marocaines qui oeuvrent pour la protection des enfants et qui font un travail remarquable. Je remercie plus particulièrement madame Najia Adib et la félicite pour son initiative à savoir la création de l’association " Touche pas à mes enfants " motivée par une l’expérience personnelle touchant directement son enfant. Madame Najia Adib a montré un grand intérêt envers la méthode de l’Ange Bleu et sera présente lors de ma dédicace le 11 mai afin de conjuguer nos efforts et trouver des modalités de partenariat dans l’objectif de prévenir la maltraitance sexuelle des enfants. L’exploitation sexuelle des enfants marocains par le tourisme sexuel qui prend une dimension effrayante. Cette réalité soulevée récemment par des médias français (entre autres M6 et TF1) et appuyée par l’arrestation de nombreux touristes mérite d’être traitée à la racine, car un climat de propagande souterraine semble attirer un grand nombre de pédophiles actifs dans ce pays, à l’instar du phénomène des paradis fiscaux. La réinsertion des enfants prostitués est un de mes projets au Maroc. Mon objectif est aussi d’éviter que les enfants d’aujourd’hui deviennent des pédophiles de demain.

© 2006, L'Opinion, Saïd Afoulous - 6 mai 2006
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