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Réinsertion des détenus : pour une humanisation des institutions carcérales

Le Matin, 20 août 2009

L'intégration des détenus dans le tissu social commence derrière les barreaux

Ex-directrice d'une société, M. est aujourd'hui en prison. Il lui reste à purger quelques mois avant de retrouver sa liberté. Pour cette femme active, il était hors de question de perdre du temps même entre les murs de le la prison. Grâce aux programmes de formation offerts par le pénitencier de Oukacha à Casablanca, elle a profité de cette période d'enfermement pour s'orienter vers de nouvelles voies et apprendre de nouveaux métiers. Portée sur la bureautique, elle a appris, en prison, à coudre sur des machines industrielles. Ce qu'elle qualifie « d'expérience positive». «C'est toujours bien d'apprendre un nouveau métier. En plus, au lieu de passer la journée à dormir, à manger et à ne rien faire de bon, cette formation nous permet de casser la routine tout en apprenant des choses nouvelles», affirme M.

En effet, dans la prison de Oukacha, les cours ont lieu du lundi au vendredi, selon des horaires bien déterminés et les détenues ont le choix entre plusieurs filières prodiguées par des formateurs qualifiés : couture industrielle et traditionnelle, broderie, coiffure, esthétique, initiation à l'informatique, formation hôtelière…
Comme beaucoup d'autres détenus, M. nourrit l'espoir de monter une petite affaire après sa sortie. De l'intérieur de la prison, elle prépare déjà la vie active qui l'attend à l'extérieur. Et c'est là toute la philosophie des programmes de réinsertion des détenus. Elle est bien révolue l'époque où la prison était considérée comme un simple lieu de réclusion et de punition. Aujourd'hui, éducation, formation et réinsertion reviennent, de plus en plus, dans les discours quand il est question d'institutions carcérales. En effet, l'avènement de Sa Majesté le Roi a marqué le démarrage d'une ère nouvelle dans la gestion de la politique carcérale au Maroc. Un vent de changement a soufflé sur les établissements pénitentiaires. Les conditions de détention se sont nettement améliorées et la notion de rééducation a pris plus d'ampleur. Pour concrétiser cette vision, le souverain a posé les jalons d'une politique carcérale placée sous le signe de « l'humanisation ».

Le discours royal du 29 janvier 2003, à l'occasion de l'ouverture de l'année judiciaire en dessinait les contours : «… La sollicitude particulière que nous réservons à la dimension sociale, dans le domaine de la justice, ne serait pas complète sans que nous n'assurions aux citoyens incarcérés leur dignité humaine, qui, du reste, ne leur est pas déniée du fait d'une décision de justice privative de liberté… Parallèlement à la réforme avancée qui englobe la législation pénitentiaire et le programme d'action ambitieux dont nous supervisons la réalisation par la Fondation Mohammed VI pour la Réinsertion des pensionnaires des établissements pénitentiaires, nous avons donné nos instructions… pour veiller à l'amélioration des conditions matérielles des prisonniers». Résultat, grâce à la Fondation, 19 établissements pénitentiaires bénéficient de programmes de réinsertion socioprofessionnelle des détenus et d'autres sont en cours de réalisation. C'est également grâce à cette institution que 6 centres de sauvegarde bénéficient de l'accompagnement pour la rééducation et la réinsertion familiale et professionnelle et qu'un centre de sauvegarde pour la jeune fille est construit et équipé à Agadir, en partenariat avec la Fondation du Sud, l'OFPPT, la Fédération du Bâtiment et la Fédération de l'Hôtellerie. Par ailleurs, un autre centre de sauvegarde pour la jeune fille est en cours de réalisation à Casablanca.

Aujourd'hui, il est clair dans l'esprit de tous qu'une meilleure réinsertion limiterait le risque de récidive chez le prisonnier sortant, qui ne devrait pas être livré à lui-même. « Bien qu'elle ne soit pas adaptée et n'offre pas de véritables solutions, la prison offre un sentiment d'apaisement et calme les angoisses de la société. En revanche, l'intégration des détenus dans la société après leur peine passe par une bonne insertion derrière les barreaux. Un grand pas aura été franchi lorsqu'on aura mesuré la cruauté et la dangerosité de l'exclusion sociale qui frappe les détenus sans la moindre distinction ou humanisme», signale Latifa Bennari, présidente de l'association L'Ange Bleu et militante associative œuvrant, en France, contre les abus sexuels en milieu carcéral. La définition même du rôle de la prison et de la mission de son directeur en dit long sur cette prise de conscience du nouveau rôle de la détention. «La mission du directeur est de veiller à l'éducation des mineurs et à l'application des programmes culturels sportifs, d'éducation et de formation professionnelle», affirme d'emblée Mostafa Hamry, directeur du Centre de réforme et d'éducation de Casablanca avant d'ajouter qu'il veille, également, à l'application de la loi et des jugements qui émanent des tribunaux et essaie de trouver des solutions aux problèmes qui peuvent survenir à l'intérieur de l'institution pénitentiaire.

Encore une fois, éducation et réinsertion avant toute chose, et ce, non seulement à l'intérieur de l'institution carcérale mais aussi après la libération du détenu. C'est d'ailleurs pour cela que, depuis 2006, un dispositif d'accompagnement post-carcéral a été mis en place. Il s'appuie sur une action entamée au niveau interne par l'accueil, la mise en projet individuel, la préparation à la libération et la définition d'un plan de réinsertion à mettre en œuvre après libération. Une fois hors des murs de la prison, le porteur de projet est accompagné dans la mise en œuvre et le suivi jusqu'à la réinsertion sociale et professionnelle. Pendant l'année 2006, 3.026 détenus ont bénéficié de ce programme qui a permis à 179 d'entre eux de trouver un travail, à 22 de suivre un stage de perfectionnement et à 75 de concevoir leurs propres projets. L'espoir subsiste, il suffit d'y croire… et surtout de le nourrir.
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Une fondation, une philosophie

La Fondation Mohammed VI pour la Réinsertion des détenus s'est assignée pour missions l'amélioration des conditions de séjour et la promotion de l'enseignement et de la formation professionnelle des personnes incarcérées, et ce, dans le but de faciliter leur réinsertion socioprofessionnelle. La Fondation œuvre également pour l'amélioration des conditions d'hébergement et d'éducation des enfants en conflit avec la loi, comme elle contribue à leur réinsertion socio-familiale. Il s'agit d'enfants dont l'âge n'atteint pas 18 ans et qui sont placés par les instances judiciaires dans des centres de sauvegarde (au nombre de 16 actuellement) dont la gestion relève du département de la Jeunesse. Le nombre des établissements pénitentiaires (56), la spécificité de la population carcérale et des enfants en conflit avec la loi, la complexité des actions à mener et leur interaction ont mis en évidence la nécessité de recourir à des compétences aussi variées qu'appropriées qui ne peuvent être réunies que dans un cadre partenarial. L'adoption de l'approche partenariale est significative à plus d'un titre. Elle permet de développer des actions intégrées en ayant recours à des ressources humaines dotées de compétences requises, de les optimiser par l'externalisation de certaines actions auprès de partenaires spécialisés. Elle permet surtout d'assurer une vision globale et intégrée pour la réalisation des actions auxquelles participent plusieurs acteurs et de rationaliser les investissements en équipement et en fonctionnement.

© 2009, Le Matin, Kenza Alaoui - 20 août 2009
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