Association L'Ange Bleu
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Castrer les agresseurs sexuels : l'impasse sur la prévention

23 octobre 2009

Le débat sur la castration des auteurs de violences sexuelles pointe l'absence de structures d'accueil avant le passage à l'acte.

Chimique par traitement inhibiteur de libido ou physique par ablation des testicules, les méthodes de castration, spectaculaires et controversées, ne se valent pas. Dans une interview au Figaro Magazine à paraître ce samedi 24 octobre, Michèle Alliot-Marie relance le débat :

« Pour l'instant, la castration physique est interdite en France, mais elle existe ailleurs. Je pense que cela mérite une analyse et qu'aujourd'hui la question de la castration physique peut se poser et être débattue, y compris au Parlement.

Quand quelqu'un dit : “Je sais que je suis dangereux, je ne veux pas l'être et je demande à pouvoir être libéré de mes pulsions”, c'est quelque chose qui nous interpelle. C'est une question qui touche à l'éthique : un ministre ne saurait y répondre seul. »

Ce débat a été relancé le mois dernier par la lettre du pédophile récidiviste de 63 ans Francis Evrard, qui réclame au chef de l'Etat qu'on lui coupe les testicules. Au même moment, on découvrait que le violeur de la joggueuse de la forêt de Fontainebleau était déjà passé à l'acte et avait été remis deux fois en liberté.

La récidive : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?

Focalisation médiatique maximum, donc, sur la récidive des délinquants sexuels, alors que la loi sur la récidive sera examinée dans les prochains jours au Parlement.

Pourtant, selon les statistiques de la Chancellerie, le taux de récidive ne dépasse pas 2,7% pour les auteurs de viols, et 4% pour les agressions sexuelles (et 10% les auteurs de braquage la même année, 2007). Alors, beaucoup de bruit pour pas tant que cela ?

Guillaume Didier, porte-parole du ministère de la Justice, alerte quant à la gravité des conséquences des atteintes sexuelles. Et rappelle que ca concerne quand même chaque année « des dizaines de criminels qui récidivent et des centaines d'agresseurs sexuels ».

Le suivi dont bénéficient les condamnés lorsqu'ils sortent de prison ne suffit pas toujours pour empêcher la récidive. Or pour 8133 délinquants sexuels condamnés et détenus au 1er juillet 2009 (soit 15% de la population carcérale), 1520 autres bénéficiaient d'un aménagement de peine :

  • 663 sont en liberté conditionnelle, avec suivi du juge d'application des peines et du service d'insertion et de probation ;
  • 193 sont en placement extérieur en établissement ouvert ;
  • 490 ont un bracelet fixe indiquant les heures de présence à domicile ;
  • 35 ont un bracelet électronique mobile relié à un GPS.

Pourtant, depuis quatre ans et la loi sur le bracelet électronique, le débat en France se focalise sur la récidive. Pas sur la prévention. Or, en amont du passage à l'acte, les carences du système médico-légal sont immenses. La prise en charge est plus qu'anémique pour ces hommes (les femmes ne représentent que 2% des auteurs de violences sexuelles) dans l'hypothèse où ils chercheraient un soutien avant.

Une parole qui n'est pas recueillie

Cette parole-là est rare. Mais certains prévenus sont plus célèbres que d'autres, ou plus à l'aise avec les mots. Comme Julien Bobot, ex-adjoint (PS) au maire du Xe arrondissement, condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir amassé 700 photos pédophiles sur son ordinateur. A son procès en mai 2009, voilà ce qu'il a dit :

« Depuis deux semaines, je me pose la question de savoir pourquoi j'ai fait cela alors que je n'ai pas à me plaindre de ma vie. D'une certaine façon, le fait que cela s'arrête et que je me demande “Pourquoi ? ” est une forme de soulagement. »

Lui n'est pas passé à l'acte, il n'est donc pas concerné par le débat sur la castration chimique. Mais, par ce témoignage devant le juge, il pointe l'absence d'issue pour quiconque ayant une attirance, une pulsion répréhensible aux yeux de la loi.

En France, il n'existe pas de structure où un pédophile pourrait par exemple venir frapper à la porte, demander de l'aide avant de franchir le pas. Les avocats, les psychiatres le déplorent. Quand on contacte le ministère de la Santé pour s'enquérir des dispositifs accessibles, on trouve porte close, alors que, depuis une loi de 1994, tout ce qui touche à la santé (y compris pour les détenus ou ex-détenus) n'est pas du ressort de la Justice mais bien de la Santé.

Jusqu'à la prescription d'un traitement inhibiteur de libido dans le cadre d'une injonction de soins derrière les barreaux : c'est le juge qui impose, mais le médecin qui décide s'il procèdera ou pas à cette déclinaison de castration chimique. Au point que la Chancellerie n'a aucune statistique sur le nombre de détenus réellement sous traitement inhibiteur (lequel n'est accessible qu'en prison pour l'heure).

Non-dénonciation de crime ou secret professionnel ?

On serait tenté de penser qu'en l'absence d'infrastructures, toquer à la porte de son médecin ou de son avocat reste encore le plus simple. L'avocat jouissant du secret professionnel absolu, il peut recueillir la confidence d'un pédophile qui lui annoncerait par exemple un passage à l'acte imminent avec quelqu'un de son entourage. Sauf que dans l'immense majorité des cas, un avocat ne reçoit un client qu'après un début de poursuites.

Me Françoise Cotta, avocate pénaliste renommée dans ces dossiers, livre cette anecdote intéressante :

« Un jour, un ancien client qui avait purgé sa peine est revenu me voir au cabinet pour me dire que ça n'allait pas. En substance : il allait recommencer. Je l'ai d'abord emmené au restaurant avec ma collaboratrice, puis je l'ai accompagné aux urgences psychiatriques de Saint-Anne. Là-bas, on m'a dit que j'étais bien gentille mais que je pouvais repartir. J'ai menacé de prévenir les journalistes et ils ont finalement accepté de le prendre. »

On devine la réponse à celui qui se présenterait sans avocat charismatique à ses côtés…

Sans compter une idée fausse bien ancrée, qui laisse croire qu'un médecin a obligation de dénoncer quiconque viendrait faire état de ses fantasmes dans son cabinet.

Après vérification auprès de la Chancellerie, la chose se révèle plus complexe. D'abord, fantasmes, pulsions et tendances ne sont pas punis par le Code pénal. Ensuite, la règle de droit distingue si l'on se place avant ou après le passage à l'acte, pour abitrer entre le secret professionnel et l'obligation de dénoncer un crime :

  • après les faits, un médecin jugera en conscience s'il doit dénoncer l'auteur d'une agression sexuelle, même si la victime a moins de 15 ans. Cette disposition du Code pénal a pour but de ne pas empêcher les parents qui abuseraient de leurs enfants de les amener chez le médecin.
  • avant les faits, ce n'est plus le devoir de dénonciation d'un crime qui joue mais le principe de non assistance à personne en danger. Lequel prime sur le secret professionnel, pourvu que le médecin montre sa bonne volonté. Pas forcément en prévenant les autorités mais au moins en aiguillant l'agresseur potentiel vers un psychiatre. S'il ne fait rien, il peut théoriquement être poursuivi, même si l'on ne trouve pas de jurisprudence en la matière.

Comment se faire aider avant le passage à l'acte ?

Les psychiatres sont donc sollicités au cas par cas, mais ne pallient pas l'absence de politique de prévention d'envergure. C'est ce qu'épingle une enquête de l'Ecole nationale de la Santé publique de 2007. Et ce que confirme Latifa Benarri, qui pilote l'Ange bleu, association bénévole qui vient en aide aux victimes et aux pédophiles. Pas plus tard que jeudi, elle a reçu deux pédophiles abstinents :

« Je les écoute sans les juger, le but est de ne pas les enfermer dans leur pulsion, de ne pas parler d'eux comme d'agresseurs potentiels, contrairement à tout ce débat sur la castration. J'en oriente certains vers des psychologues ou des psychiatres mais comment font ceux qui ne viennent pas me voir ? »

En onze ans, cette autodidacte estime avoir entendu « des milliers de pédophiles », dont beaucoup d'abstinents qui raconteraient simplement des pulsions :

« Quand j'ai commencé, avec le soutien du maire de ma commune après une affaire de pédophilie, j'ignorais que je serais la seule et unique structure pour ces gens s'ils veulent parler. En France, on focalise sur la récidive mais que propose-t-on à tous ceux qui sont avant le premier passage à l'acte ? »

Photo : « Boy #3 » (Aeneastudio/Flickr).

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© 2009, Rue 89, Chloé Leprince - 23 octobre 2009

 


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