Association L'Ange Bleu
A.N.P.I.C.P. (Association Nationale de Prévention et d'Information Concernant la Pédophilie)

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" Je suis pédophile, écoutez-moi "

Dimanche, 11 mai 2003

" Je suis pédophile, écoutez-moi " (article original : Dimanche.ch, retranscrit par l'association Dis-No)

Pédophiles mais pas forcément agresseurs. François (prénom d'emprunt) ne s'est jamais permis de toucher à un enfant. Latifa Bennari, victime d'abus et de viols de 6 à 14 ans, converse avec lui. De son approche novatrice de la pédophilie, elle a fait un livre (1*). Témoignages croisés.


" Ce qui fait que je ne passe pas à l'acte et que je refuse d'exploiter les possibilités qui peuvent s'offrir à moi, c'est que je ne veux pas prendre le risque de faire du mal à un enfant ". François est pédophile. Mais François est abstinent. Il a une trentaine d'années et n'a jamais eu de gestes déplacés envers un mineur. " Quand bien même je pense qu'un enfant serait capable d'éprouver les mêmes sentiments que je pourrais ressentir (n.d.l.r. : des sentiments d'amour), je sais qu'il n'est pas en mesure de faire un choix sur une chose dont il ignore encore tout : le sexe ". Quand François a pris conscience de son attirance pour les jeunes filles de 8 à 10 ans, il l'a très mal vécue. " L'image que me renvoyait la société sur les pédophiles était celle de violeurs sadiques ". Alors il s'est pris à croire qu'il était un monstre, un danger pour les enfants. " Mais ces qualificatifs ne correspondaient pas à ma nature, et c'est au contact d'enfants (en tout bien tout honneur) que j'ai compris cela ". Comment a-t-il réalisé qu'il était attiré par les très jeunes filles ? " A la vision de documents pédopornos sur l'internet. C'est une attirance que je me cachais depuis des années ". Et s'il n'était jamais tombé sur ces photos ? " Je n'ose imaginer. Bien avant d'être nez à nez avec l'évidence, j'avais déjà eu des coups de cœur que j'avais immédiatement refoulés. Et j'en voulais quelque part aux gamines de déclencher en moi des sentiments interdits ". Encaisser le choc de la révélation a été brutal, " j'avais l'impression d'être trahi par moi-même ".

Une oreille pour écouter

François ne connaissait pas encore Latifa Bennari. Ni sa démarche et l'Ange Bleu, association de prévention et d'information concernant la pédophilie. " Je surfais sur des sites de défense des enfants qui me traitaient de détraqué ou sur des sites propédosexualité dans lesquels je ne me reconnaissais pas, à la recherche d'explications ". Pour François, le salut fut un forum neutre de discussions sur lequel il trouve des rapports de psys et des témoignages qui font échos au sien. Une démarche qui s'apparente à celle de Latifa Bennari.

En 1988, cette femme énergique de 47 ans ouvre un site - http://www.ange-bleu.com/ - s'adressant aux victimes et à leur entourage " ainsi qu'aux pédophiles abstinents qui cherchent une oreille attentive et non culpabilisante ". Sa démarche peut sembler folle ou utopique comme cela a été le cas à l'occasion d'un congrès sur " La recherche du traitement des abuseurs " auquel elle a participé pour trouver une collaboration auprès des spécialistes. " La majorité a pourtant un besoin vital d'être entendue. Ecoutée, sans être jugée, assure Latifa Bennari. Car la pédophilie est un état qui apparaît généralement très tôt et précède souvent de plusieurs années un premier passage à l'acte ". Et c'est justement pour éviter ce passage à l'acte, éviter les victimes, qu'elle se bat.

Un livre pour expliquer

L'abus sexuel, elle connaît. Entre 6 ans et 14 ans, elle a subi les agressions réitérées d'une extrême violence d'un employé de son père, proche de la famille. Elle sait de quoi est faite la souffrance d'un enfant abusé, et c'est justement pour cela que les pédophiles abstinents lui font confiance. Paradoxal, direz-vous ? Pas vraiment. Ils ne sont pas tous des Dutroux ou des sadiques de Romont. Ils ont découvert leurs penchants et en ont souvent été très déstabilisés, voire horrifiés. Certains sont probablement de grands malades, de véritables dangers publics, tout comme le sont les violeurs d'adultes. Mais pour ceux qui se battent contre leurs pulsions, qui n'ont pas cette envie de faire du mal, Latifa Bennari est un appui. " Lorsque j'ai pris conscience de mon attirance, continue François, j'ai voulu chercher en moi-même ce truc qui fait ce que je suis. J'ai ensuite lu le livre de Latifa et je suis entré en contact avec pour la remercier de son approche ". François lui proposera même son témoignage pour qu'il contribue à sa compréhension de la pédophilie. Pour qu'elle puisse enrichir ses connaissances et ainsi venir mieux en aide aux pédophiles abstinents comme à tout autre personne en prise avec ses attirances et qui formule le besoin d'être aidée.

Une approche " socialement incorrecte "

Qu'on ne s'y trompe pas, Latifa Bennari ne dit pas que les actes d'agressions de caractère sexuel sur des enfants se régleront, comme par enchantement, en écoutant les pédophiles. Ce qu'elle prône, c'est une approche humaine de la pédophilie. Cette approche par l'aide aux victimes, d'une part, est l'aboutissement d'un travail et d'une réflexion de plus de trente-cinq ans menés avec des centaines de victimes. Grâce à l'ouverture de son site et la parution en janvier dernier de son livre - La fin d'un silence - (1*), elle a été approchée par plusieurs dizaines de pédophiles avec qui elle entretient des échanges par e-mail. " Je connais l'identité de certains d'entre eux, parfois même je les ai rencontrés. Mais la plupart conversent avec moi de manière anonyme ".

Latifa Bennari a pour volonté de venir en aide aux victimes, mais aussi de préserver les enfants. " La lutte contre la pédophilie nécessite d'abord de comprendre ce qu'elle est, quelles sont ses origines, qui sont les pédophiles, et ceci loin des théories préconçues ". Pour elle, prévenir la récidive n'est pas suffisant. Il faut tenter d'empêcher le passage à l'acte. " Diaboliser et mettre au pilori de tels actes tend à figer l'individu dans ses attirances : ce ne sont pas des solutions ". Sa démarche peut heurter, voire déranger. Elle a le mérite d'être sincère, sans complaisance ni sensationnalisme, et de proposer des pistes nouvelles à un fléau qu'on ne peut espérer faire disparaître " par la répression ou le durcissement des lois ".

Latifa Bennari espère créer bientôt une antenne suisse de L'Ange bleu à Genève. En France, son approche intéresse politiciens, professionnels de la santé et milieu carcéral avec qui elle collabore déjà. Si elle qualifie elle-même son approche de " socialement incorrecte ", elle peut se targuer " d'avoir à son actif des résultats avérés en matière de prévention des récidives et du passage à l'acte ".

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Latifa Bennari, sa démarche n'a rien de complaisant envers les pédophiles.

Actif, passif ou abstinent ?

Comprendre ce qu'est la pédophilie et qui sont ces adultes attirés par des enfants est primordial et représente la meilleure lutte contre les abus sexuels à l'encontre des mineurs. " La protection des enfants du phénomène pédophile, devenu un fléau, réside dans une meilleure prévention ", affirme Latifa Bennari.


La pédophilie est-elle un crime ? Pour Latifa Bennari, elle est un état, " une attirance sexuelle pour les enfants " et le passage à l'acte n'est pas, à lui seul, une fatalité.

Le pédophile abstinent fait le choix de respecter l'enfant et de ne jamais assouvir ses pulsions. Il vit ses attirances comme non conflictuelles et a conscience des effets dévastateurs d'une relation pédosexuelle sur un enfant.
Le pédophile passif ne passe pas à l'acte par inhibitions relationnelles majeures ou par peur des conséquences pour lui-même (exclusion sociale, prison). Certains aiment à croire que des relations avec les enfants pourraient être bien vécues par ces derniers et que les conséquences néfastes sont uniquement dues au regard malveillant de la société. D'autres abordent leurs attirances de manière conflictuelle et ne sont pas à l'abri du dérapage : " Il s'agit d'une situation dangereuse, car les troubles découlant du dégoût de soi peuvent entraîner chez eux des actes désespérés, totalement imprévisibles (suicides, escalade vers le meurtre, viols..) ".
Le pédophile actif, lui, n'exclut pas la possibilité du passage à l'acte, voire la recherche. Certains vivent leurs attirances pédophiliques de manière non conflictuelle et ne comprennent pas toujours que les relations sexuelles avec des enfants soient prohibées. D'autres outrepassent l'intérêt ou le refus de l'enfant et agissent avec habileté et ruse dans un seul but : assouvir un désir et une excitation sexuels. " Cette dernière catégorie n'est pas exclusivement pédophile ".

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" Les psys ont peu de contact avec les pédophiles qui n'ont pas de souffrance à leur raconter " Gino Genta, psychiatre-psychanaliste à Lausanne

Comment la pédophilie est-elle abordée par les psy ?


Elle ne l'est pas. Ou trop tard, lorsque la justice est intervenue après passage à l'acte et qu'elle fait appel à des psychiatres consultants. La pédophilie n'est pas une maladie, au sens classique du terme et, très souvent, celui qui présente des attirances pédophiles ne ressent pas de souffrance individuelle, contrairement aux personnes angoissées ou névrosées. Raison pour laquelle ils ne consultent pas nos cabinets.

Que pensez-vous de la démarche de Latifa Bennari auprès des abstinents ?

Après la série des terribles affaires qui ont secoué l'opinion publique, en Belgique et ailleurs, est apparue une forme de diabolisation de la pédophilie. C'est tout juste si on ne demandait pas de brûler les pédophiles sur la place publique. Dans ce sens, la démarche de Latifa Bennari me paraît saine et appropriée. Un juste retour à des propos plus nuancés.

Enfin un pas vers la prévention ?

Je trouve que ce que fait Latifa Bennari dans le sens de la prévention est remarquable. Sans vouloir l'idéaliser, son approche non médicale et son écoute avisée et non culpabilisante peut probablement éviter des passages à l'acte. ____________________________________________

" Je n'ai pas de grands problèmes pour ne pas passer à l'acte " Le témoignage de Jean-Michel

Jean-Michel (prénom d'emprunt), un jeune suisse romand d'une trentaine d'années, s'est confié à Latifa après avoir lu son livre. La confiance qu'il lui témoigne est celle que de nombreux pédophiles abstinents cherchent à donner à un proche, et contribue à la prévention et la protection des enfants. Voici son récit :

" Mes dernières relations sexuelles, qui étaient plutôt des jeux sexuels, ont eu lieu avec un cousin alors que nous venions d'entrer dans les changements de la puberté. Nous avons été attrapés dans une position suggestive, et ces jeux ont été brutalement interrompus par l'intervention de nos parents. Cette rupture explique-t-elle mon développement ? Le fait est que, parallèlement, je découvrais les revues de cul dans les kiosques qui titillaient mon besoin de briser les interdits. D'abord ce furent Lui et Penthouse, avant de voir que Playgirls et Gay Pied m'excitaient encore plus. Mais le plus dur a été de constater que plus les hommes présentés étaient jeunes, plus l'excitation sexuelle était intense. D'autre part, je profitais de toute occasion pour apercevoir, dans les douches ou à la piscine, des garçons nus d'une douzaine d'années. Le plus angoissant face à cette attirance était d'être conscient qu'elle était particulièrement interdite, et donc totalement inavouable. Le seul adulte auquel je me suis ouvert, à 16 ans, ne sut rien me dire d'autre que " de ne pas me fermer aux charmes féminins ". Je pense qu'il était tout simplement dépassé par la question. Il est vrai que tous les appels que j'ai lancés ont abouti au même résultat : il n'y a pas de recettes pour changer l'orientation sexuelle. Le livre et la rencontre de Latifa m'ont ouvert de nouvelles perspectives. Elle me permet de rompre le silence, de verbaliser et de " chercher avec ", chercher avec d'autres personnes placées sur ce même chemin.

Je n'ai pas de grands problèmes pour ne pas passer à l'acte. D'une part, parce que mon attirance s'accompagne d'un grand respect pour " le garçon " - je désire tout pour lui, sauf de le voir souffrir - et que, d'autre part, si je fantasme de participer à ses jeux sexuels (réels ou imaginés), c'est en tant qu'enfant moi-même et pas en tant qu'adulte. Désir physiologiquement impossible à réaliser à plus de 30 ans, sinon en cinéma de science-fiction.

Reste que l'image de la sexualité dans notre société n'arrange rien à ma situation. Toute la publicité, la télé et le cinéma exacerbent la sexualité. " Vivez vos pulsion ", " Ne vous laissez rien interdire (sinon l'utilisation du préservatif) ", tels sont les messages. Un déhanchement, un clin d'œil, trois minutes plus tard le couple finit au lit. Personne n'y trouve rien à redire, sauf s'il s'agit du prince Charles, de Thomas Borer ou de Oliver Kahn et Boris Becker. Mais que faire si la pulsion sexuelle est déclanchée et orientée sur le seul interdit qui demeure (avec raison d'ailleurs) ? Qui saura encore nous dire comment rester abstinents ? Mes attirances ne me rendent pas heureux. Je ne sais pas si elles sont une maladie ou une fatalité. Je les vis pour l'instant comme une malédiction.

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DIS NO va organiser une conférence avec Mme Latifa Bennari le 8 novembre 2003 à Lausanne. Si vous souhaitez recevoir plus d'information, merci de nous envoyer une email à: info@disno.ch

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Références bibliographiques

(1*) La fin d'un silence, pédophilie: une approche différente
Latifa Bennari
AD2 Editions, Grospierres, France
> résumé

Nous vous invitons à visiter notre page bibliographie, pour y découvrir une liste d'ouvrages que nous recommendons.

© 2003, Dimanche, Céline Fossati - 11 mai 2003
Source

 


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