Association L'Ange Bleu
A.N.P.I.C.P. (Association Nationale de Prévention et d'Information Concernant la Pédophilie)

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Pédophilie : L’Ange Bleu répond à Nicolas Sarkozy

Le Mague, 9 avril 2007

En tant que présidente de l’association l’Ange Bleu et donc particulièrement concernée par la question qui constitue mon action, je me permets de réagir aux divergences qui ont lieu suite aux récentes déclarations de Mr Nicolas Sarkozy à propos de la pédophilie et des pédophiles. Les dites déclarations ainsi que les réactions qu’elles suscitent comportent en effet de part et d’autre des points d’ombre qui témoignent d’une confusion sur ce sujet. Ma mission consistant entre autres d’informer le public sur les réalités entourant ce problème, je me dois d’apporter les éclaircissements qui s’imposent.

I) Pour commencer, je vais reprendre la phrase que Mr Sarkozy a prononcé lors de son entretien avec Michel Onfray : « J’inclinerais pour ma part à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie-là. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense »

SOURCE

De par mon expérience menée auprès d’un grand nombre de pédophiles, j’ai peu à peu du écarter la thèse de la maladie avancée par Mr le Ministre. La pédophilie n’est pas plus une maladie que l’hétérosexualité ou l’homosexualité ne peuvent en être. Elle est quasi-systématiquement la conséquence d’un certain nombre de facteurs qui, indépendamment de la volonté du sujet, modifie ou bloque l’évolution de son orientation sexuelle naturelle. Cette idée d’une "perversion" innée, de nature génétique, ne tient pas devant une réalité que je constate quotidiennement ;

- Car comment alors expliquer l’existence de pédophiles ayant vécus des relations sexuelles durant leur enfance et reproduisant ce mode relationnel une fois adulte ? Ce n’est pas à sa naissance que se sont révélé les bases de sa paraphilie, mais bien plus tard, au cours de son enfance.- - Comment expliquer également ceux qui, pour avoir vécu d’importantes carences affectives se sont tournés vers les enfants, alors même que leur orientation naturelle les auraient conduits vers l’hétérosexualité ou l’homosexualité ? Car les relations sexuelles précoces n’expliquent pas l’existence de pédophiles n’en ayant jamais connus. En revanche, nombre de ces cas relatent de fortes carences affectives et des blocages relationnels dans leur évolution liée à ces carences. Encore une fois, sans aucun lien avec une "prédisposition innée" de nature génétique.- - Comment expliquer que plus de 60% à 80% des cas d’abus sexuels sur enfants (suivant les études) sont commis non pas par des pédophiles, mais par des hétérosexuels et homosexuels, principalement dans un contexte incestueux (milieu familial), mais également à titre occasionnel par des personnes en carences affectives récente (déception amoureuse, rupture), non pédophiles mais soumis momentanément à des pulsions compensatrices ? Encore une fois, la thèse génétique ne tient pas ici.

- Et enfin, si nous adhérons à la thèse du tout inné, quelle chance laisse-t-on à un individu de se reconstruire, d’adopter l’abstinence voire de changer d’orientation ? Sur ce point, je témoigne qu’un suivi efficace, un contact humain, une prise en compte sérieuse des problèmes du sujet permettent de le reconstruire de la sorte. Je dispose de nombreux exemples de telles réussites qui le prouvent. D’anciens pédophiles ayant aujourd’hui une vie familiale équilibrée peuvent en témoigner. Adopter l’idée qu’un individu est enfermé à vie dans un schéma particulier c’est le condamner définitivement. Je pense au contraire qu’il convient de redonner l’espoir d’un changement, d’autant que la réalité du problème le permet.

Je reprend à présent l’argument de Mr Onfray qui est à plus d’un titre intéressant pour illustrer mon propos :

"J’argumente : Lui dont chacun sait l’hétérosexualité a-t-il eu le choix un jour entre son mode de sexualité et un autre ? Se souvient-il du moment où il a essayé l’homosexualité, la pédophilie, la zoophilie, la nécrophilie afin de décider ce qui lui convenait le mieux et d’opter, finalement, et en connaissance de cause, pour l’hétérosexualité ? Non bien sûr. Car la forme prise par sa sexualité est affaire non pas de choix ou de génétique, mais de genèse existentielle. Si nous avions le choix, aucun pédophile ne choisirait de l’être…"

Mr Onfray a eu l’intelligence de bien souligner ce fait : "Si nous avions le choix, aucun pédophile ne choisirait de l’être..."

L’argument de Michel Onfray se vérifie chaque jour à travers les témoignages qui me parviennent ; la pédophilie n’est en effet ni affaire de choix, ni de génétique, mais bien d’une série de facteurs existentiels, d’expériences et/ou traumatismes vécues durant l’enfance, l’adolescence et dans une certaine proportion même suite à des chocs affectifs vécus à l’âge adulte. Elle peut également se révéler en l’absence de tout traumatisme ou carence, mais je ne puis souscrire pour autant à une quelconque prédétermination pour les y avoir amenés là. A noter également l’intéressante réaction de Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, qui avec des mots justes a su mettre en relief la problématique que pose la thèse génétique sur le plan humain :"Surtout, ce que me paraît plus grave, c’est l’idée qu’on ne peut pas changer le cours du destin. C’est vrai quand on prend la perspective génétique, mais c’est aussi vrai quand on prend la perspective sociologique" "Parce que dire que quelqu’un est pré-déterminé par la famille qui l’a entouré, par les conditions dans lesquelles il a vécu, ça veut dire que l’homme est conditionné absolument" Il convient en effet de donner toutes les chances et espoirs à tout un chacun de pouvoir changer le cours des choses et non pas de l’enfermer dans une orientation non choisie.

II) J’en viens à présent à l’une des réactions adverses qui reflète à mon sens des lacunes plus importantes :

Ce qui m’a particulièrement interloqué, c’est la réaction de Mr Jean-Louis Bianco, co-directeur de campagne de Mme Ségolène Royal lors de leur déplacement à Montauban : "Bien sûr, il appartient à des scientifiques de réagir à ces propos pour le moins surprenants. On a vu d’autres pays remettre en cause les théories de Darwin... Dans ce cas particulier, ce type de propos tend à excuser par avance tous les prédateurs d’enfants" Une fois encore, je fais le constat navrant d’une grande confusion entre "pédophiles" et "prédateurs d’enfants". Mr Sarkozy a parlé des pédophiles, sans mentionner pour autant le passage à l’acte pédosexuel, même si l’idée pouvait être sous-jacente. La pédophilie est un état qui se situe dans l’être, non dans l’action. "Je suis pédophile" ne signifie en rien "je passe à l’acte". Cette systématisation ou raccourci "pédophile=personne qui passe à l’acte" est on ne peut plus démenti par la réalité de terrain. La réalité de ceux parmi les pédophiles qui assument le choix d’une totale abstinence quels que soient les contextes s’offrant à eux.

Je reçois quotidiennement de nombreux témoignages de ces pédophiles et en suis dans le cadre de ma mission de prévention un certain nombre qui prouvent la dangerosité de tels propos. Je ne fais pas de complaisance envers ceux qui passent à l’acte, mais j’encourage et félicite vivement tous ceux qui font leur possible pour demeurer abstinents. Je ne puis donc accepter une telle stigmatisation, réductrice au possible, qui entraîne l’être malgré lui dans une image de soi négative et donc potentiellement dangereuse, tant pour lui-même que pour la société. Autant je ne puis accréditer la thèse avancée par Mr Sarkozy que je ne puis défendre le propos de Mr Bianco, les deux idées se rejoignant dans une finalité commune en ce sens que toutes deux entraînent le sujet dans une forme de condamnation aux relents de fatalité.Non, je le répète ; un pédophile n’est pas nécessairement un abuseur d’enfants, même potentiel, pas plus qu’il n’a systématiquement l’intention de nuire à autrui. Là encore je rappelle la proportion des abuseurs non-pédophiles : entre 60 et 80% des cas recensés. J’ajoute de plus que si le nombre des pédophiles faisant appel à l’association étaient de véritables abuseurs :

1) Comment expliquer qu’ils s’adressent à moi pour demander de l’aide ?

Ce n’est pas là le geste d’un pervers dans le sens propre du terme.

2) Ce ne seraient pas dix ou vingt grandes affaires que nous aurions à subir annuellement, mais des centaines. Nous pourrions là véritablement parler d’un "fléau pédophile". Or, en terme de fléau, c’est celui de l’abus sexuel sur enfant qui devrait être d’usage et non celui de fléau pédophile, qui ne veut absolument rien dire dans ce contexte réel. Tout est question de sémantique. Sur ce sujet, la confusion règne depuis de nombreuses années en raison des termes employés pour désigner les coupables d’actes répréhensibles. Je propose sur mon site internet (http://www.ange-bleu.com) ainsi que dans mes deux ouvrages "La fin d’un silence" et "L’Ange Bleu - Pédophilie : prévenir pour protéger" une formulation adaptée à chaque contexte. J’invite tant les journalistes que les représentants de l’Etat, personnalités politiques et spécialistes à vous inspirer de ce vocabulaire pour étayer vos propos. Les mots sont les premiers remparts contre la compréhension de ce phénomène complexe. Ils sont aussi et surtout l’une des premières causes de souffrances et désespoirs inutiles. En ce sens, mal employés, ils représentent un danger évident.

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Propos à l’appui pour approfondir le sujet :

1) Le passage de l’entretien entre M. Onfray et Nicolas Sarkozy nous concernant dans son intégralité :

"M. O. : Je ne leur donnerais pas une importance exagérée. Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n’avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n’a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d’être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel,ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.

N. S. : Je ne suis pas d’accord avec vous. J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense."


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2) Tri des embryons

Le généticien André Langaney a vu dans les déclarations de Nicolas Sarkozy une réminiscence de "ce que voulaient faire des gens pendant la deuxième guerre mondiale". "Il y a des scientifiques d’extrême droite qui pensent qu’on a tout à la naissance et qu’on ne peut plus rien changer. Si on suit ces gens-là, il faudrait presque faire des tests génétiques à la naissance ou faire un tri des embryons pour éliminer les pédophiles avant qu’ils naissent", a-t- il dit sur France Info. L’ancien ministre de l’Intérieur avait déjà proposé le dépistage précoce des troubles du comportement dans son projet de loi relatif à la prévention de la délinquance. Mais face aux critiques, il avait dû retirer ces dispositions de son projet de loi en juin 2006. (AFP)

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© 2007, Latifa Bennari / Le Mague, Frédéric Vignale - 9 avril 2007
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